Interview Portrait Travaux ferroviaire

Jimmy Donner, un maître soudeur autodidacte

Par Michel Delage |

Soudeur expert au sein de Vossloh Services France, Jimmy Donner est passé de l’atelier au terrain. Rencontré lors d’une intervention sur le tramway de Lyon, il nous partage sa passion pour son métier.

Jimmy Donner, un maître soudeur autodidacte

Comment êtes-vous arrivé dans le ferroviaire ?

D’une façon inattendue. En 1999, je travaillais comme plombier intérimaire et lors de la fermeture de l’entreprise pour les vacances, j’ai envoyé mon CV à l’usine de Fère-en-Tardenois car je ne voulais pas rester à rien faire. C’est comme cela que j’ai été recruté en tant qu’intérimaire. Mais ce que je ne savais pas, c’est que mon oncle était le responsable de l’atelier. Quand il m’a vu, il a été surpris et nous avons discuté… Mon oncle pratiquait le même métier que moi aujourd’hui. Il me parlait de ses missions à droite ou à gauche… il faisait aussi bien de l’atelier que de l’extérieur. Du coup, effectivement ce travail m’a intéressé. 

Comment se sont déroulés vos débuts ?

Avant d’être embauché en octobre 2000, j’ai fait beaucoup d’ateliers pour connaître un petit peu le produit parce que je ne connaissais rien du tout au ferroviaire. Nous fabriquions les cœurs de croisement, de l’usinage jusqu’à la soudure trimétallique. De fil en aiguille, on m’a demandé si une mission m’intéresserait ? Je me suis dit qu’il fallait que je me lance. Mais auparavant je me suis intéressé au produit. À force de travailler la matière, j’ai essayé de comprendre la matière pour ne pas travailler bêtement.

Comment en êtes-vous venu à vous poser toutes ces questions ?

Je suis curieux de nature, et je n’aime pas travailler sans savoir ce que je fais. Si le résultat n’est pas bon, je veux savoir pourquoi. Quand je voyais des pièces qui n’étaient pas bonnes, sur mon temps perdu j’essayais d’étudier le système : pourquoi la matière part plus à gauche, à droite, pourquoi elle chauffe trop ? Ce qui m’a permis de m’améliorer.

Vous êtes donc autodidacte…

Oui, car quand je regarde, je comprends. Tout ce que je sais faire aujourd’hui, je ne l’ai pas appris dans des livres mais en observant. J’ai toujours travaillé le métal, notamment en réalisant des quads, des kartings ou un châssis de buggy… Encore aujourd’hui je bricole. Après, pour travailler dans le ferroviaire, il faut passer des licences pour avoir l’autorisation de souder tel type d’appareil, d’utiliser tel type de procédé.

Comment s’est passée cette première mission ?

Il s’agissait d’une opération classique de rechargement sur des appareils. C’était à Calais à l’époque. Cela m’a bien plu car c’est très différent du travail en atelier. Les outils, la posture, tout est différent. Sur le terrain il faut tout anticiper et tout apprendre en même temps. C’est une approche du métier qui m’a séduit.

Comment a évolué votre métier au niveau technique ?

Des personnes m’ont montré des choses, mais globalement j’ai tout appris par moi-même. J’aurais peut-être pu évoluer à l’atelier si j’avais été poussé… Mais j’ai évolué sur le terrain car c’est moi qui décidais comment faire, trouvais des techniques et prenais de l’expérience, ce qui m’a permis d’être plus efficace et de gagner du temps. J’ai eu des propositions pour devenir chef d’atelier pour diriger une équipe… mais je préfère être autonome et gérer mon travail.

Quels sont les atouts pour exercer votre métier ?

Il faut être courageux parce que le travail est physique et intense. Ensuite il faut savoir gérer son temps, savoir que si on commence il faut savoir si le travail peut être terminé dans les temps.

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune ?

Soit motivé parce que sans motivation il n’y arrivera pas. Ensuite intéresse-toi au produit car si tu t’intéresses à ce que tu fais, tu feras du bon travail. Je connais des personnes qui aimeraient faire ce que je fais au travers de missions à l’étranger, mais je leur rappelle que mon métier est physique et est contraignant. Il faut avoir conscience que l’on peut être absent de chez soi plusieurs jours, une semaine, un mois… C’est une contrainte compliquée de nos jours.

Depuis vos débuts, comment a évolué le matériel ?

Les outils actuels sont plus performants que ceux d’il y a 15 ou 20 ans, c’est certain, et nous font gagner du temps, mais ils sont plus fragiles et ne tiennent pas dans le temps. Les consommables, pareil. Je discute avec des constructeurs, et je leur dis que, que ce soit les meuleuses ou les postes à souder, des équipements de nouvelles technologies nous font gagner du temps mais ne durent pas longtemps, alors que nous avons des outils achetés il y a 20 ans qui sont toujours efficaces.

Si vous aviez un chantier emblématique, ce serait lequel ?

Chaque chantier est différent, mais si je devais en ressortir un, ce serait le Qatar. Le travail a été particulièrement physique car il fallait couper, ressouder en tunnel. Par ailleurs cette opération de jour qui s’est étalée sur plusieurs mois et sur plusieurs années

Un mot pour conclure ?

J’exerce un très beau métier. Je connais parfaitement le travail en atelier, et maintenant que je suis sur la voie, j’en apprends encore tous les jours. J’aimerais en savoir plus parce qu’une fois arrivé sur le terrain, le mieux est de savoir de quoi on parle.

Exergue

« Tout ce que je sais faire aujourd’hui, je ne l’ai pas appris dans des livres mais en observant. »