Portrait Travaux ferroviaire

Alexander Heim, la force sereine des tunnels alpins

Par Michel Delage |

En poste chez Implenia depuis 24 ans, dont 16 passés à creuser des tunnels sous les Alpes, Alexander Heim est une figure comme on en rencontre rarement. Affichant une sérénité à toute épreuve, le directeur du projet de l’entrée du tunnel de base du Lyon-Turin, chantier CO08 est revenu sur son parcours et partage sa passion pour les travaux souterrains.

Alexander Heim, la force sereine des tunnels alpins

Comment en êtes-vous venu à travailler dans le secteur des travaux souterrains ?

Alexander Heim : Par un pur hasard. Je travaillais en Angleterre depuis 1 an dans le secteur du bâtiment quand un ami d’université qui collaborait avec une entreprise allemande de travaux souterrains m’a informé qu’Implenia recherchait du monde pour le grand projet en Suisse du Saint Gothard.

Quelle a été votre mission sur ce projet ?

La configuration du Gothard était tellement particulière que le client avait demandé à ce que la sécurité en tunnel soit réalisée par le chantier car elle ne pouvait être assumée par le village. Fort d’une expérience de 8 ans comme pompier volontaire, j’ai débuté en tant que responsable pour la formation des pompiers du tunnel.

Cette fonction est assez éloignée de votre cursus universitaire…

Effectivement…  Mais j’étais également responsable de la logistique, de la ventilation, etc. 2 ans après ma prise de fonction, il m’a été proposé de devenir conducteur de travaux…

« Pour travailler en tunnel, il faut être amoureux de ce métier, sinon on ne tient pas. » 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans les travaux souterrains ?

Dans le bâtiment, même si chaque architecte apporte son design, les travaux restent répétitifs. En tunnel, c’est à chaque fois quelque chose d’extraordinaire et de particulier. Nous sommes obligés de revoir et d’adapter nos méthodes, nos réflexions, l’organisation… On ne peut pas faire de copier/coller d’un chantier à l’autre.

Qu’est-ce qui rend chaque tunnel unique ?

Ferroviaire, routier, hydroélectrique, métro… c’est l’ouvrage qui fait qu’un tunnel est toujours unique. La situation géographique joue également, à Paris ou sous les Alpes, c’est totalement différent. Manque de place, présence de l’eau… ce sont ces spécificités techniques qui rendent les choses incroyables.

Travailler en tunnel est tout sauf anodin…

Effectivement, d’autant qu’il faut livrer les tunnels le plus vite possible. Une difficulté qui nous oblige à travailler bien souvent 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Mais avant la technique, il y a les gens ! Pour travailler en tunnel, il faut être amoureux de ce métier, sinon on ne tient pas.  C’est une seconde famille car il faut vraiment partager des valeurs, une passion et un état d’esprit qui est vraiment spécifique.

Quelles sont les qualités requises pour occuper un poste tel que le vôtre ?

Les responsabilités de ce poste nécessitent d’avoir la confiance des responsables de l’entreprise. Il faut également avoir une vision claire du projet, sur la technique, sur les aspects financiers en étant franc et en communiquant avec les collaborateurs. Le risque d’erreur existe, c’est pourquoi il faut être capable de transmettre de la confiance avec ceux-ci pour qu’ils se disent : « Ok, il sait ce qu’il fait parce qu’il est convaincu. » L’expérience professionnelle et la technique sont une base, mais il faut avoir la volonté de guider.

Est-ce un défi dans le cas du CO08 ?

À part trois ou quatre personnes qui ont plus de 10 ans d’expérience dans les tunnels, l’équipe est relativement « jeune ».  Elle se distingue par une forte motivation et un réel engagement.  Face à des situations inhabituelles, certaines interrogations peuvent émerger, ce qui est naturel. C’est précisément dans ces moments que je peux apporter mon expérience et contribuer à sécuriser les décisions. Toutefois, la difficulté parfois est de convaincre, non seulement les équipes, mais aussi tous les intervenants, qu’une décision prise est bonne même si elle semble être à contre-courant par rapport à ce qui a pu être dit. Cela amène les gens à se poser des questions et in fine à réfléchir à des solutions.  

Vous mentionnez que votre poste est intense… C’est-à-dire ?

Nous rencontrons parfois des conditions techniques qui nous sortent de notre zone de confort, qui imposent d’être posé et réfléchi car nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Comme je le dis toujours, « si on veut aller vite, il faut ralentir » car nous ne pouvons pas revenir en arrière pour faire différemment. En revanche, dès que l’on part, il faut être sûr de notre coup… Ce sont ces moments que je qualifie d’intenses.

Vous avez participé à des projets d’ampleur… Lequel vous a marqué le plus ?

Il y en a deux. Le premier est le projet du Gothard car sous 2000 m de montagne, c’était incroyable. Le deuxième (toujours dans les Alpes) est un tunnel dans les environs de Chamonix creusé dans le cadre d’un barrage et d’une station hydroélectrique. J’ai découvert un secteur d’activité d’une grande richesse en termes de technicité et de complexité.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

 Implenia France s’est positionnée sur un nouvel appel d’offres en Italie, pour le chantier C01 visant à relier le tunnel de base à la ligne existante. Il s’agit d’une opportunité particulièrement intéressante.  Plus largement, les perspectives sont ouvertes : la forte dynamique de notre secteur, portée par de nombreux projets, offre de réelles possibilités d’évolution.

En quoi ce projet serait-il intéressant ?

Si nous gagnons ce projet, il faudra partir de rien !  Un défi exigeant, mais que je connais bien et que j’aborde avec confiance. Suite au chantier hydroélectrique en Suisse, j’ai été envoyé à Paris pour le tunnel de la ligne 11. Je suis passé d’un village de 300 personnes à une capitale de 10 millions d’habitants sans aucun collègue, aucun collaborateur, il n’y avait rien…  Démarrer un projet à partir de zéro est exigeant, mais particulièrement stimulant. Si nous obtenons le C01, nous serons dans cette dynamique : évoluer dans un nouvel environnement, structurer les équipes et poser les bases du chantier. Un défi ambitieux. C’est exaltant !