Monsieur Jeantet, qu’est-ce que le ferroviaire aujourd’hui ?
Patrick Jeantet : La France est l’un des grands pays du ferroviaire avec une activité importante. Avec plus de 80 % des circulations électrifiées, le ferroviaire est clairement du côté des solutions à la décarbonation des transports… C’est un point très important. Mais le ferroviaire, c’est aussi un tissu industriel de premier plan à l’image d’Alstom, qui est le deuxième constructeur mondial après les Chinois, mais également grâce aux PME, ETI, etc., qui sont très implantés dans les territoires. Ce tissu industriel œuvre avec la SNCF, la RATP, la SGP, etc., mais exporte également son savoir-faire.
Les investissements sont-ils à la hauteur ?
Nous sommes dans un pays où les investissements sont, bon an mal an, d’environ 7 milliards d’euros par an (SNCF, RATP, matériel roulant, infrastructure, etc.), et augmentent année après année. Il est important de souligner que nous sommes dans un pays où la croissance du ferroviaire est importante aussi bien pour la grande vitesse que pour le transport régional, où nous constatons une explosion des services TER. Le seul point d’ombre est le fret, et ce, malgré un frémissement de croissance dans le transport combiné. Ce secteur d’activité a de l’avenir si collectivement nous décidons d’en faire le fer de lance du transport de fret ferroviaire.
Pourtant le fret ferroviaire décarbone le transport des marchandises.
Effectivement, mais il ne faut pas oublier que dans les années 50-70, le fret ferroviaire était le premier produit de la SNCF, devant les voyageurs… Aujourd’hui ce secteur d’activité représente à peu près 10 % des déplacements… Il s’est complètement effondré au profit du routier.
Quelles sont les raisons de cet effondrement ?
Différents points seraient à mettre en avant, mais le premier d’entre eux porte sur la désindustrialisation de la France, alors que le fret ferroviaire est historiquement adapté aux industries lourdes. Le deuxième point est lié au transport voyageur (TER) qui a pris la place du fret ferroviaire. Redonner une priorité au transport de marchandises est un vrai sujet. Ce n’est pas une question de tout ou rien, mais de bon ordonnancement entre fret et voyageurs et d’investissements en particulier pour la mise au gabarit P400 européen des grands axes qui n’est toujours pas faite.
