Le week-end du 11 novembre 2024 a marqué une étape décisive pour la Ligne Nouvelle Sud-Ouest (LNSO). Cette infrastructure stratégique reliant Bordeaux à Toulouse et préparant l’arrivée de la grande vitesse ferroviaire dans le grand Sud-Ouest français. L’agence ETF Caténaire et INEO SCLE Ferroviaire ont orchestré simultanément deux opérations coup de poing (OPC) de grande ampleur. Mobilisant plus de 200 compagnons pour moderniser les systèmes de caténaires au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux. Ces interventions techniques complexes, menées en un temps record, illustrent la capacité du secteur ferroviaire français à coordonner des chantiers d’envergure. Le tout en minimisant l’impact sur le trafic et les riverains.
Aménagements Ferroviaires Nord Toulouse : 56 heures pour 1,2 km de caténaires
Le premier chantier, mené dans le cadre des Aménagements Ferroviaires Nord Toulouse (AFNT), visait à fluidifier le trafic périurbain et régional. Il prépare l’infrastructure pour l’arrivée des TGV en gare de Toulouse-Matabiau. Cette opération, troisième d’un accord-cadre s’étendant jusqu’à fin 2027, s’est concentrée sur la gare de Saint-Jory.
Pendant 56 heures continues, près de 50 compagnons spécialisés ont œuvré sans interruption pour migrer 1,2 kilomètre de caténaires vers la technologie CS2R (Caténaire Simplifiée 2R – Renforcée et Régularisée). Ce format de caténaire, développé par SNCF Réseau, représente le standard moderne du ferroviaire français. Il est fiable (réduction des pannes de 40%), plus économe en maintenance (espacement des interventions de 30%), et surtout compatible avec les vitesses élevées et les intensités de courant accrues nécessaires aux TGV et aux rames modernes.
L’opération nécessitait une coordination millimétrée : démontage des anciennes caténaires, installation des nouveaux mâts et consoles, déroulage, puis raccordement électrique et essais de validation avant remise en service. Chaque étape doit s’enchaîner parfaitement pour respecter l’impératif absolu. Le but est de rouvrir la ligne au trafic commercial dès la fin du délai imparti. Sans quoi des dizaines de trains sont supprimés, impactant des milliers de voyageurs.
Cette troisième OPC s’inscrit dans un programme pluriannuel visant à moderniser progressivement l’ensemble du secteur nord de Toulouse. Préparant ainsi le terrain pour la mise en service de la LGV Bordeaux-Toulouse, actuellement en phase d’études et dont la mise en service est envisagée à l’horizon 2035-2040.
Aménagements Ferroviaires Sud Bordeaux : 62 heures pour 5 km de caténaires
Simultanément, à 250 kilomètres au nord, une équipe de 140 personnes déployait une OPC encore plus ambitieuse dans le cadre des Aménagements Ferroviaires Sud Bordeaux (AFSB). Pendant 62 heures continues, ce chantier mené à Saint-Médard-d’Eyrans a permis de migrer 5 kilomètres de caténaires (soit 4 « tirs », unités de mesure correspondant aux sections continues de câblage) vers la même technologie CS2R.
Cette seconde OPC, sur un total de cinq prévues jusqu’en novembre 2026, porte l’avancement global du projet AFSB à 55%, franchissant ainsi le cap de la mi-parcours. L’ampleur de l’opération témoigne d’une organisation logistique et technique exceptionnelle. L’approvisionnement de plusieurs dizaines de tonnes de matériel, et synchronisation parfaite avec les gestionnaires de trafic pour sécuriser absolument les emprises pendant toute la durée des travaux.
En zone résidentielle, ces nuisances peuvent provoquer plaintes, oppositions et blocages administratifs retardant les projets.
Innovation environnementale : engins hybrides contre les nuisances sonores
Face à cet enjeu, ETF Caténaire a pris une décision innovante pour le secteur ferroviaire. Déployer des engins de travaux hybrides combinant motorisations thermique et électrique. Ces machines (nacelles élévatrices, chariots de manutention, groupes électrogènes hybrides) fonctionnent en mode électrique lors des phases stationnaires ou de travail à puissance modérée, réduisant drastiquement les émissions sonores (division par deux, passant de 85-95 décibels à 60-70 décibels à 10 mètres) et les émissions polluantes (particules fines, NOx).
Cette initiative, saluée par les riverains et les élus locaux, s’inscrit dans une démarche plus large de conciliation entre performance technique et respect de l’environnement. Le secteur ferroviaire, confronté à une intensification des chantiers (modernisation du réseau existant, développement de nouvelles lignes, mise aux normes accessibilité et sécurité), doit impérativement obtenir l’acceptabilité sociale locale. Les oppositions riveraines, alimentées par les nuisances chantiers, constituent désormais un risque projet aussi sérieux que les difficultés techniques ou financières.
L’utilisation d’engins hybrides représente un surcoût de 15 à 25% par rapport aux engins thermiques conventionnels. Ce coût est largement compensé par la réduction des risques de retard liés aux contentieux, et la conformité anticipée aux futures réglementations environnementales.
Ces OPC (Opérations Coup de Poing) constituent désormais le format privilégié pour les grands travaux ferroviaires impactant le trafic. Concentrer l’intervention sur un week-end, mobiliser massivement les équipes, et rendre la ligne au trafic dès la fin du délai. Cette méthode, inspirée de l’industrie , minimise l’impact commercial et optimise la productivité.
Le succès de ce week-end du 11 novembre augure favorablement de la suite. Trois OPC restent programmées sur l’AFSB d’ici novembre 2026, et plusieurs autres sur l’AFNT jusqu’en 2027, dessinant progressivement le visage du ferroviaire sud-ouest de demain.
