Chaque année, en Belgique, des centaines d’animaux sauvages perdent la vie en traversant les voies ferrées. Cerfs, sangliers ou renards sont souvent percutés par des trains lancés à pleine vitesse. Ces accidents, dramatiques pour la faune, le sont aussi pour les voyageurs : ils représentent la quatrième cause de retard liée à des tiers, soit plus d’1 heure vingt perdue chaque jour. Pour y remédier, Infrabel, la “SNCF” belge, mise sur l’innovation.
Les effrayer pour les sauver
Entre Libramont et Hatrival, dans la province de Luxembourg, une nouvelle technologie d’effarouchement sonore vient d’être déployée sur un tronçon de deux kilomètres. Cette portion, en plein cœur d’une réserve naturelle, est régulièrement traversée par le gibier. Près de soixante trains y circulent quotidiennement, et trois collisions avec des animaux y sont recensées chaque année.
Le dispositif imaginé par Infrabel repose sur quatre colonnes infrarouges installées aux extrémités de la zone. Dès qu’un train franchit le faisceau invisible, un signal est envoyé à des haut-parleurs disposés le long des voies. Ces derniers diffusent aussitôt des sons variés : aboiements de chien, voix humaines, bruits métalliques ou froissements de tissus. L’objectif ? Effrayer les animaux et les dissuader de s’approcher des rails. Une fois le train passé, tout s’éteint, marquant la fin du danger.
Une technique qui porte ses fruits
Afin d’éviter toute accoutumance, la « playlist » sonore sera renouvelée régulièrement, tous les six à douze mois. Le volume, lui, est soigneusement calibré pour repousser les grands mammifères sans perturber les autres espèces.
Sur la période 2020-2024, plus de 650 animaux errants ont été recensés sur les voies belges, dont plus de la moitié heurtés par des trains. Ces chiffres préoccupants poussent Infrabel à multiplier les solutions : clôtures le long des lignes à grande vitesse, campagnes de sensibilisation, et désormais, technologies intelligentes.
Le système d’effarouchement sonore présente un avantage de taille : il préserve l’équilibre entre sécurité ferroviaire et respect de la biodiversité. Contrairement à un écoduc, coûteux et fixe, il laisse les animaux circuler librement lorsque le trafic est absent. À l’étranger, en Pologne ou au Japon, des dispositifs similaires ont permis de réduire les collisions de plus de 85 %.
En conjuguant technologie et écologie, Infrabel espère ainsi renforcer la sécurité des trains tout en protégeant la faune sauvage. Un pas de plus vers une cohabitation harmonieuse entre nature et infrastructures humaines.
